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Nouvelles de la Terre Sainte

20/05/2008    Année III

 

NAKBA  60

 

 

1948-2008 :

 

 

Bethlehem

Bethany


Bruno Guigue l’honnête homme, sanctionné

M. Bruno Guigue, sous-préfet de Saintes, a été récemment limogé pour avoir diffusé, sur le site Oumma.com, un article intitulé « Quand le lobby pro-israélien se déchaîne contre l’ONU ». M. Guigue a, par ailleurs, publié plusieurs livres sur le conflit israélo-arabe et la situation au Proche-Orient(*) et ses opinions à ce sujet étaient connues.

 

26 mars 2008

Bruno Guigue

Pourquoi donc l’a-t-on limogé maintenant ? Pourquoi n’a-t-on retenu que deux seules phrases, extraites du long article qui s’en prenait essentiellement à une tribune publiée dans Le Monde sous le titre « L’ONU contre les droits de l’homme » [1] ; tribune signée notamment par Pascal Bruckner, Alain Finkielkraut, Claude Lanzmann, Elie Wiesel, Pierre-André Taguieff, Frédéric Encel ?

C’est la question pertinente qui est posée dans un article qui mérite, à notre avis, une lecture exhaustive [2].

L’auteur de cet article, Nidal, trouve une première explication à la question posée, dans le fait qu’« Israël lance sa campagne contre Durban 2 » [3].

-Il relève, en effet, que « le Conseil des Droits de l’Homme de l’ONU organise en 2009 une seconde conférence mondiale contre le racisme à Durban, après celle de 2001, dénoncée par Israël et les États-Unis comme un « cirque » antisémite et anti-israélien ».

-Il observe que, depuis février 2008, « les milieux sionistes se passionnent pour la préparation de cette conférence (alors que le sujet ne passionne tout de même pas les foules) : il faut délégitimer la conférence de manière préventive ».

-Il remarque que tel apparaît bien le but de la tribune publiée dans Le Monde sous le titre « L’ONU contre les droits de l’homme », et qui dénonce le « Conseil des droits de l’homme », organisateur de la conférence de Durban (tribune contre laquelle a réagi M. Guigue dans l’article qui lui est reproché).

-Il trouve une seconde explication dans une volonté de « mise au pas de l’exécutif » de la part d’un nouveau gouvernement pro-israélien qui « aura le sentiment de se heurter à une administration moins... convaincue », et dans le fait que « l’orientation « pro-arabe » de l’administration française est au cœur des préoccupations des agitateurs pro-israéliens ».

-Il relève enfin, exemples à l’appui, que le « devoir de réserve » invoqué pour limoger M. Guigue ne s’applique, à sens unique, que lorsque l’on s’en prend à Israël, et pas quand on s’en prend aux musulmans.

Il nous paraît que l’auteur de cet article a bien vu les enjeux de l’affaire et la stratégie mise en œuvre.

Le lancement et la manipulation de débats (qui vont dans le sens de la politique belliciste néoconservatrice des Etats-Unis et de leur nouveau petit caniche sarkozyien - contre Durban, contre le Soudan au sujet du Darfour, contre la Chine par Tibétains instrumentalisés et interposés, contre Chavez, contre le Hamas, contre le Hezbollah, l’Iran, la Syrie, etc) contre les cibles du lobby pro-israélien français a commencé il y a fort longtemps. Mais elle est devenue très efficace depuis que les prétendus « nouveaux philosophes » (qui n’ont jamais rien apporté à la philosophie) sont dans les coulisses de la présidence Sarkozy.

Quant au fait que l’UJPF (Union Juive Française pour la Paix) ait apporté son soutien [4] à Bruno Guigue, on ne peut que s’en féliciter. Mais cela ne permet pas d’oublier que des responsables de cette association se sont employés, ces dernières années, à lancer des appels à la « vigilance », à isoler et ostraciser nombre de gens en les accusant à tort et à travers d’« antisémitisme » parce qu’ils critiquaient la politique d’Israël d’une manière qui ne leur convenait pas (pour des raisons idéologiques ?), et à alimenter des campagnes mensongères.

On pourra vraiment croire que l’UJFP ne pratique pas, selon ses propres convenances, une défense à la tête du client, lorsqu’elle prendra la défense de tous ceux qui, à cause de leur critique d’Israël, se sont vus traînés dans la boue. Nous pensons par exemple à Dieudonné, que le président de l’UJFP Pierre Stambul a contribué à salir [5], alors qu’il était déjà la cible du CRIF et d’avocats qui le traînaient d’un tribunal à l’autre. Le jour où cette association présentera ses excuses à tous ceux que ses dirigeants ont insultés nous pourrons la croire sincère dans ses positions.

Silvia Cattori

(*) Parmi ces ouvrages : « Aux origines du conflit israélo-arabe », et « Proche-Orient : la guerre des mots », Editions l’Harmattan
Pour l’article qui lui a valu d’être limogé, voir :
http://oumma.com/Quand-le-lobby-pro-israelien-se


[1] Voir : http://www.lemonde.fr/opinions/article/2008/02/27/l-onu-contre-les-droits-de-l-homme_1016249_3232.html

[2] « Commentaires sur l’affaire du sous-préfet limogé »
http://tokborni.blogspot.com/2008/03/commentaires-sur-laffaire-du-sous-prfet.html

[3] À la Conférence Mondiale contre le Racisme, organisée à Durban en septembre 2001 sous la houlette du haut commissaire des Droits de l’Homme à l’ONU, Israël a été désigné comme Etat raciste.

[4] Soutien assorti toutefois d’une étrange réserve lorsque l’UJFP nuance le propos de Bruno Guigue en disant qu’Israël « n’est sans doute pas le seul » pays dont les snippers tirent sur des petites filles à la sortie des écoles. Les responsables de l’UJFP peuvent-ils citer un pays où, depuis 1987, des bataillons de soldats en jeeps et chars entrent, jour après jour, parfois plusieurs fois par jour, dans les camps de réfugiés de Jenin et de Balata comme nous l’avons vu nous-mêmes, exciter les enfants, les provoquer jusqu’à ce que ces enfants, fous de rage lancent des pierres, et en tirer ainsi prétexte pour les viser, les blesser, les mutiler, les tuer ?
J’ai été personnellement témoin des crimes de l’armée israélienne sur les enfants, voir par exemple :
-« Les enfants de Market Street », 22 mars 2004.
-« BALATA ou la mort à petit feu », 12 décembre 2003
-« Tsahal : une armée qui mène la guerre contre des enfants », 3 décembre 2003

[5] M. Stambul est intervenu auprès de sites pour faire enlever un entretien de Dieudonné qu’il accusait d’antisémitisme, par exemple. « Je suis assez ahuri de trouver cet "entretien" de Sylvia Cattori et de Dieudonné (…) Si ce genre d’article continue de passer sur « Marseille solidaire » je demanderai à être désinscrit »
-Voir : « Palestine : l’ampleur de la tragédie exige un soutien sans faille », 30 janvier

 

 


 

1) Dire NON aux chasseurs de Goliath

Gilad ATZMON

 

2) Le printemps du Liban contre l’axe usraélien

Jacqueline Amidi


 

La défaite du Liban a révélé que l'armée israélienne était devenue un ectoplasme

Dire NON aux chasseurs de Goliath

 

AUTEUR:  Gilad ATZMON

Traduit par  Fausto Giudice


 

dales« L’obsession (‘dibouk’) de Nasrallah,  qui a hanté les décideurs (israéliens) tout au long de la deuxième guerre du Liban , a plusieurs raisons. En premier lieu, Israël a toujours perçu les ( dirigeants)  arabes comme des personnes  privées plutôt que des  représentants de systèmes politiques. Même les analystes des médias et politiciens faisaient  référence à « Assad », à « Arafat » ou à « Nasrallah », plutôt qu’aux États et aux organisations qu’ils représentent. Aux yeux des décideurs (israéliens), tout comme à ceux des médias et de l’opinion publique, le monde arabe était dirigé par des individus plutôt que par des systèmes de gouvernement  et, par conséquent, la meilleure manière de l’influencer était, dans la plupart des cas, de balancer une bombe au bon endroit. »

Ofer Shelah et Yaov Limor, Captives in Lebanon,  Miskal, Yedioth Ahrononth and Chemed Books, 2007, p. 95.

Les Israéliens ont tendance à personnaliser tout conflit. Certes, ce faisant, ils ne sont ni originaux ni innovateurs. Ils ne font de fait que suivre l’enseignement biblique. Dans la vision juive du monde, l’histoire et l’éthique sont souvent réduites à un simple et banale opposition binaire. Par exemple, la bataille à mort entre David le « juste »  et Goliath le « méchant »  incarne le combat entre les « bons » Israélites et les « mauvais » Philistins. Bien que ce récit biblique particulier, puisse être compris en des termes purement littéraires, les similitudes avec les Israélites contemporains sont particulièrement inquiétantes. En Israël, il existe une voie express, qui mène directement du « rôle de l’assassin » aux fauteuils ministériels. En permanence, nos Israélites des temps modernes supplient leurs criminels couverts de décoartions de devenir leurs rois, de prendre la tête de leur armée, et d’entrer au gouvernement. C’est à l’évidence ce qui est arrivé à Sharon, à Barak, à Mofaz, à Halutz, à Dichter et à bien d’autres .

Mais les Israéliens ne sont pas les seuls à se livrer à ce jeu. La tendance à personnaliser et à concrétiser l’histoire est très répandue chez les juifs. Aux yeux de beaucoup de juifs, le Troisième Reich se résume à deux personnes : Hitler et Goebbels. L’antisémitisme est souvent ramené à Wagner, Marx, Weininger et ainsi de suite. De fait, la personnalisation ne fait que simplifier la réalité ambiante, le cours de l’Histoire et son interprétation. Une fois Hitler disparu, le Troisième Reich n’existe plus ; une fois Wagner banni, il en sera forcément de même de l’antisémitisme. Cette tendance à personnaliser les conflits, les idéologies et les visions du monde obéit à une perception infantile du monde : ce que vous ne voyez plus a du cesser d’exister. Cela colle parfaitement avec le slogan biblique : « œil pour œil, dent pour dent ». Et pourtant, il n’y a là qu’un modèle d’autosuggestion. Cela associe de manière fausse quelque chose d’abstrait avec quelque banale concrétisation. Cela exonère les adeptes de ce sport de tout engagement intellectuel, idéologique, critique et impliquant une réflexion sur soi-même.

Il est évident que l’interprétation sioniste de l’histoire ne s’attache à rien de plus qu’au symptôme concret, à la manifestation la plus simple de l’animosité qui l’entoure, plutôt qu’au cœur du problème lui-même. Bon d’accord, Hitler a été vaincu ; les juifs sont aujourd’hui plus que bienvenus en Allemagne et en Europe mais l’État juif et les fils d’Israël sont au moins aussi impopulaires, au Moyen-Orient, que l’étaient leurs grands-parents il y a tout juste six décennies en Europe. Apparemment, c’est la personnalisation de la Seconde guerre mondiale et de l’Holocauste qui a aveuglé les Israéliens et leurs partisans, les empêchant ainsi d’intérioriser la signification réelle des circonstances et des événements qui conduisirent à leur destruction. Si les sionistes comprenaient la signification réelle de leur Holocauste, les Israélites contemporains seraient en mesure d’éviter la destruction qui leur pend au nez dans le future. De même, Wagner peut bien être interdit en Israël mais les conditions qui amenèrent Marx, Weininger et Wagner à dire ce qu’ils avaient à dire sont inchangées. Apparemment, de plus en plus de gens, dans des milieux de plus en plus larges, réagissent aujourd’hui de manière critique, politiquement et idéologiquement, à Israël, au sionisme, au tribalisme juif et aux politiques atrocement inhumaines qui dérivent du nationalisme et de ses rejetons politiques et culturels.

Mais regardons les choses en face : il n’y a pas que les Israéliens qui personnalisent les conflits. Grâce aux néocons et à leur terrifiante influence présente sur le royaume politique anglo-usaméricain, nous sommes tous exposés à quelque simplification à outrance, à quelque personnalisation de pratiquement tous les conflits dans lesquels l’Occident est engagé. Apparemment, toute guerre actuelle de l’Occident occident a un « visage », qui lui est lié.  La « guerre contre le terrorisme » a le visage barbu d’Oussama Ben Laden. La prétendue « libération du peuple irakien » avait le visage de Saddam Hussein en première position sur la liste des hommes à abattre. Dans le cadre de la guerre sionisée des néocons, tout conflit idéologique devient un complot visant à l’ « assassinat ciblé » d’une personne. Puis-je rappeler qu’avant que les néocons ne lancent leur opération pas mal réussie de sionisation de l’Amérique et de la Grande-Bretagne, ces deux pays étaient impliqués dans des guerres idéologiques et dans des conflits politiques qui n’étaient nullement personnalisés. La Grande-Bretagne et les USA se sont battus courageusement contre l’Allemagne du Troisième Reich (plutôt que simplement contre Hitler). De même, ils ont eu un clash froid avec « Les Rouges », (plutôt qu’avec le seul Staline).

Mais, à l’évidence, ce n’est plus le cas. Dans un monde remodelé par les néocons, le système politique est réduit à une chasse simpliste au Goliath biblique. Nous les justes, nous les David, nous pourchassons les Goliath : Saddam, Ben Laden, Assad et Ahmadinejad

Pourtant, au jour d’aujourd’hui, nous devrions tous comprendre la futilité de cette philosophie. Autant Israël a échoué à écraser la résistance palestinienne en tuant tout dirigeant palestinien émergent un tant soit peu remarquable, autant Israël a échoué à vaincre le Hezbollah en ciblant ses dirigeants, autant l’Usamérique et la Grande-Bretagne sont condamnées à échouer dans leurs actuelles batailles sionisées et criminelles. Saddam est mort et pourtant, l’Irak et ses champs pétrolifères sont encore loin d’atteinte. Ben Laden ne montre jamais son visage en public et pourtant, la guerre contre le terrorisme attend toujours un quelconque résultat

Je veux croire que la défaite qui vient d’Israël et de ses lobbies sera saisie de manière appropriée par l’opinion publique occidentale. Nous devons dire NON aux tactiques sionisées, nous devons dire NON aux agents sionistes, nous devons dire NON aux chasseurs de Goliath !

Anatomie d’une défaite kolossale

Un an après l’humiliante défaite d’Israël au Liban, je me suis retrouvé en train de passer en revue le fiasco israélien à travers les yeux de deux analystes militaires renommés, Yoav Limor et Ofer Shelah. Dans un ouvrage récent, intitulé Captives Of Lebanon, les deux auteurs ont réussi à composer un journal très détaillé de l’enchaînement des événements qui ont mené  à la guerre, de la guerre elle-même et de l’interminable liste des échecs opérationnels, tactiques et stratégiques israéliens. Miais Limor et Shelah ne se limitent pas à l’armée et à ses commandants, ils transmettent avec talent l’image d’une société dévoyée, d’une société qui s’est détachée progressivement de sa propre réalité et de son environnement. Une société faisant face aujourd’hui à un total effondrement moral, sous la direction d’un leadership égotiste et autiste, sur les plans aussi bien politique que militaire.

La défaite militaire d’Israël, l’année dernière, au Liban, a pris le monde par surprise. Elle a d’emblée été un choc pour l’administration de Bush, comme pour Tony Blair, qui s’étaient empressés de donner à Israël le feu vert pour détruire le leadership chiite du Liban, pour ne pas parler de la destruction totale de l’infrastructure civile libanaise. Bush et Blair ne furent pas les deux seuls à être choqués ; le monde arabe fut lui-même assommé. Les dirigeants arabes ne sont pas habitués à des défaites de l’armée israélienne. Les dirigeants arabes modérés se sont vus contraints de suivre à la télé comment un clerc musulman, seul, enseignait aux Israéliens le sens du  mot « défi ». Apparemment, le Cheikh Hassan Nasrallah et un nombre insignifiants de combattants ont été les premiers Arabes à vaincre l’armée israélienne au sol. Leur victoire a réduit Israël en lambeaux. La puissance de dissuasion israélienne s’est complètement dissoute. C’est déjà devenu un sujet de recherche historique. Le commandement suprême de l’armée israélienne a été lui aussi choqué : un mois après la guerre, le général Udi Adam, commandant en chef  du Front Nord, démissionnait., Le chef d’état-major de l’armée israélienne Dan Halutz ne tarda pas à faire de même. Amir Peretz, le ministre de la Défense, fut remplacé par l’ancien Premier ministre Ehud Barak. Il est plutôt évident que les Israéliens sont parfaitement conscients de l’ampleur de leur défaite. Mais il semble qu’ils ne sachent pas comment s’y prendre pour réparer les dégâts. Ils sont totalement amoureux de leur « belle vie », ils sont captivés par l’images de la technologie et de l’aisance.  

Bien que je ne sache pas si ce livre sera traduit ou non dans d’autres langues (il est écrit en hébreu), je le classerais dans la catégorie « à lire absolument » par toute personne intéressée par les affaires de la région. Cet ouvrage est une plongée dans ce qui semble être un dysfonctionnement final et destructif de la société israélienne. Je suis convaincu que ceux d’entre les Américains qui ont été assez débiles pour soutenir l’appareil de guerre israélien depuis presque quarante ans, et qui croient encore qu’Israël est une « superpuissance régionale » doivent lire ce journal de la couardise militaire d’Israël et de son dysfonctionnement politique généralisé.

Bien que le livre ne le dise pas explicitement, son message est tout à fait clair : Israël agit à la manière d’un violent ghetto juif mégalomane, motivé par quelque zèle meurtrier bizarre et inondé de technologie meurtrière usaméricaine. Comme le révèlent les auteurs, Limor et Shelah, en dépit du fait que le conflit terrestre se soit déroulé sur une bande de territoire très étroite (la frontière israélienne, au sud, et la rivière Litani, au nord), l’artillerie israélienne n’en a pas moins trouvé le moyen de tirer plus de 170 000 obus. En comparaison, durant la guerre de 1973 où ils étaient opposés aux armées de deux puissants pays, sur deux fronts très étendus, les Israéliens n’avaient lancé que 53 000 obus. Les chiffres concernant l’aviation sont beaucoup plus frappants encore. Bien que très peu de cibles concrètes eussent été à la disposition du renseignement militaire israélien, l’aviation israélienne a lancé non moins de 17 550 missions de combat, ce qui donne une moyenne de 520 missions par jour, soit presqu’autant qu’au cours de la guerre de 1973 (605 raids par jour). Pourtant, en 1973, l’aviation israélienne était confrontée à deux aviations bien équipées ; elle avait été engagée dans un nombre important de combats air-air, et à une lutte incessante contre les missiles sol-air soviétiques de la dernière génération. On n’a rien vu de tel durant la seconde guerre du Liban. L’aviation israélienne s’est uniquement consacrée au pilonnage du territoire libanais. Elle a littéralement balancé et lancé tout ce qui lui tombait sous la main, recourant à une méthode impitoyable qui, par endroits (dans la banlieue Sud de Beyrouth par exemple) a eu le même effet que les bombardements en tapis anglo-usaméricains, de sinistre mémoire des années 40.

Pour quelle raison les Israéliens ont-ils réagi aussi rudement à un banal incident de frontière ? Pourquoi les hommes politiques et les chefs militaires israéliens ont-ils perdu leur capacité d’avoir une réflexion  stratégique et tactique ? Pourquoi ont-ils, tous, échoué à définir des objectifs militaires atteignables, ce qui aurait pu donner à leur guerre un cadre temporel, une ligne et une justification ? Bref, pourquoi les Israéliens ont-ils perdu les pédales ? C’est là, effectivement, une question absolument cruciale. Bien que Limor et Shelah s’abstiennent de poser ces questions, leur livre parvient à donner certaines réponses. Je vais tenter de résumer certaines de leurs opinions.

Les militaires

Commençons par l’armée. L’armée israélienne a subi une sérieuse transformation au cours des quatre dernières décennies. Dans les années qui suivirent l’invasion éclair de 1967, ce sont des officiers d’infanterie et des généraux des blindés, en particulier, qui ont été promus et portés à la direction de l’armée. L’Israël post-1967 croyait en la Blitzkrieg, une attaque offensive mettant simultanément en action des forces terrestres importantes, appuyées de près par un soutien aérien. Après la guerre de 1973, en raison du succès limité des forces terrestres et des divisions de blindés, cette tendance a été abandonnée. Progressivement, ce sont des vétérans des unités spéciales qui ont été promus aux hauts postes de commandement. Le plus célèbre de ces vétérans a probablement été Ehud Barak, un officier de commandos couvert de décorations, qui conclut sa carrière comme chef d’état-major. C’est lui qui, en tant que chef de l’état-major, a nommé ses ex-subordonnés aux plus hauts postes dans le commandement suprême israélien. Les officiers d’infanterie ont, quant à eux, été mis sur la touche.

Cette mutation de l’armée israélienne était motivée par deux éléments : tout d’abord, les services de renseignement présumaient qu’aucun pays arabe n’envisagerait de mener une guerre totale contre Israël dans un futur proche ; deuxièmement, depuis la première Intifada et la montée générale d’une résistance civile palestinienne, l’armée israélienne se trouvait de plus en plus engagée dans des opérations de police. Devant une telle évolution, il n’y avait plus de grand besoin d’un entraînement militaire en vue d’opérations terrestres d’envergure. Les brigades de blindés et de l’artillerie semblaient devenues superflues, et même obsolètes, face aux nouveaux besoins émergents de l’Etat juif. De grandes unités de soldats combattants furent détournées vers des tâches policières en Cisjordanie et dans la bande de Gaza. Dans le cadre de ce changement de scénario, ce furent initialement des unités spéciales de sécurité, avec leurs propres chefs, qui prirent la tête de ce que les Israéliens percevaient comme leur propre « guerre contre le terrorisme ». En conséquence un nombre croissant de vétérans des commandos prirent le chemin du commandement en chef de l’armée, puis carrément de la vie politique israélienne, qui est extrêmement militarisée.

Mais la messe n’était pas dite ; il ne fallut pas bien longtemps pour que les unités spéciales israéliennes démontrent leur incapacité à régler le problème constitué par ce qui semblait être une résistance civile palestinienne croissante. Envoyer le sel de la terre juive dans la bande de Gaza à l’heure du laitier s’avérait bien trop dangereux. Il faut dire qu’autant les Israéliens adorent voir leurs jeunes boys terroriser des Palestiniens, autant ils ne supportent pas de voir leurs Rambos adorés tomber dans des embuscades et se faire tuer.

Il ne fallut pas longtemps avant que la tâche de se colleter avec le défit palestinien soit confiée à l’aviation. Capitalisant sur quelques technologies usaméricaines avancées, Israël envoya ses F-16 et ses hélicoptères armés Apache lancer des missiles téléguidés contre des cibles civiles et militaires palestiniennes. La philosophie en était plutôt simple : l’aviation israélienne avait pour raison d’être de maintenir les Palestiniens dans un état d’effroi permanent. C’est pourquoi, au cours de la dernière décennie, l’aviation israélienne est devenue la force de pointe dans la guerre contre la Palestine, contre le peuple palestinien et contre sa direction islamique émergente. L’aviation a rapidement mis au point une nouvelle tactique militaire, qui n’a pas tardé pas à être baptisée « assassinats ciblés ». D’après la nouvelle doctrine militaire israélienne, tout ce dont on avait besoin, c’était d’un peu de renseignements récoltés au sol, suivis d’un jet israélien isolé, lançant un missile téléguidé usaméricain sur une bande de Gaza densément peuplée. Les effets de cette tactique furent plutôt évidents. Dans beaucoup de cas, les Palestiniens visés furent assassinés, mais dans beaucoup de cas, aussi, ils trouvèrent la mort en compagnie de civils innocents qui avaient eu la malchance de se trouver dans le voisinage. Ces malheureux se trouvaient au mauvais endroit au mauvais moment ! Dans de nombreux autres cas, les pilotes manquaient de renseignements ou étaient induits en erreur par eux. Résultat : beaucoup de civils palestiniens, dont principalement des vieillards, des femmes et des enfants, trouvèrent la mort. Bien entendu, personne, en Israël, ne s’en souciait le moins du monde. Quand on demanda à Dan Halutz, alors commandant de l’aviation, ce qu’on éprouve quand on a lancé une bombe qui a tué quatorze civils palestiniens, sa réponse fut courte et simple : « Vous ressentez une légère secousse, du côté de l’aile gauche ». Halutz, l’officier au sang froid, l’homme qui donna l’ordre d’assassiner tant de Palestiniens, était l’homme qu’il faut à la place qu’il faut: on ne tarda donc pas à le prier de prendre la tête de l’armée israélienne.

Au fil du temps, le gouvernement  israélien s’abstint de mettre en danger la vie de ses jeunes soldats. La « guerre contre le terrorisme » israélienne était devenue particulièrement sûre, et ressemblait à un jeu électronique. Sheikh Yassine, le Dr. Al Rantissi et beaucoup d’autres civils tombèrent, victimes de cette forme de tactique meurtrière. Apparemment, la direction militaire israélienne s’est laissée griser par le succès de sa nouvelle méthode d’assassinat. Le peuple d’Israël avait un nouveau Dieu, à savoir : la « supériorité technologique ». La dernière fournée de généraux israéliens, dont la plupart étaient d’anciens pilotes et des vétérans d’unités spéciales, s’habitua à l’idée qu’Israël était en mesure de maintenir sa suprématie régionale en capitalisant sur sa supériorité technologique et sur sa puissance de feu écrasante.

Comme le révèlent Limor et Shelah dans leur livre, au cours des dix dernières années, les soldats israéliens ont littéralement arrêté de s’entraîner à une forme quelconque d’opération tactique de grande envergure au sol. Avec une aviation pourchassant les ennemis d’Israël jusque dans leur chambres à coucher, à quoi bon les tanks et l’artillerie ? De jeunes tankistes furent redéployés, immédiatement après un entraînement initial minimal, dans des tâches élémentaires de surveillance dans les territoires occupés. En pratique, non seulement ces soldats ignoraient totalement leurs missions militaires d’origine, dans les tanks et dans l’artillerie, mais ils n’étaient absolument pas familiarisés avec une forme quelconque de manœuvres tactiques opérationnelles. Autrement dit, l’armée israélienne perdit ca capacité à être prête en cas de guerre.

Si bien que les Palestiniens ont gagné

Beaucoup d’analystes considèrent la Résistance palestinienne comme quantité négligeable du point de vue militaire. En fin de compte, une bande de gosses lançant des pierres ne peuvent pas faire beaucoup de dégâts. Mais à la lecture de Limor et Shelah, on comprend qu’en réalité la lutte des Palestiniens était, de fait, tout, sauf quantité négligeable. En réalité, c’est précisément la résistance civile palestinienne qui a réussi à épuiser l’armée israélienne. C’est la résistance palestinienne qui a mis l’armée israélienne dans un état de paralysie. C’est la résistance palestinienne, qui a fait disperser les effectifs de l’armée israélienne jusqu’aux limites extrêmes, et qui l’a empêchée de s’entraîner en vue de « la prochaine guerre ». Ce sont les Palestiniens, qui ont fait des soldats israéliens et de leurs officiers une bande de couards préférant gagner des guerres confortablement installés devant leurs écrans d’ordinateurs, en manoeuvrant des manettes. De fait, ce sont les Palestiniens qui ont démantelé d’une manière dévastatrice la préparation à la guerre de l’armée israélienne.

C’est tout à fait comme l’a suggéré le Cheikh Hassan Nasrallah dans un de ses discours les plus éloquents. Israël, de fait, « se cachait derrière sa supériorité technologique, à la seule fin de dissimuler sa couardise et son incompréhension des implications qu’avait pour lui le fait de vivre au Moyen-Orient » [discours de Beint Jbeil, après l’évacuation israélienne]. L’armée israélienne s’est habituée à écraser des civils palestiniens sous les décombres de leurs maisons, à assassiner leurs leaders émergents, à terroriser des femmes enceintes aux barrages routiers, à bombarder de jeunes enfants dans leurs salles de classe, et tout cela était très facile. Pourtant, quand on demanda à l’armée israélienne de combattre quelques petits groupes d’enthousiastes paramilitaires faiblement entraînés, elle s’effondra honteusement. Elle s’effondra, en dépit de sa supériorité technologique ; elle fut battue, en dépit de sa puissance de feu écrasante, en dépit, aussi, du soutien odieux apporté par Bush et Blair. Si l’armée israélienne s’est effondrée, c’est parce qu’elle était incompétente, parce qu’elle n’était pas prête au combat, parce qu’elle ne savait pas comment combattre et, plus inquiétant encore pour les Israéliens, parce qu’elle ne comprenait même pas pour quoi elle se battait.

Peu de temps après que le conflit au Liban fut devenu une guerre totale (tout du moins aux yeux des Israéliens), il devint clair, pour la plupart des généraux israéliens, que l’armée israélienne ne disposait pas des moyens de faire cesser la pluie des roquettes Katyusha lancées par le Hezbollah. Si l’objectif initial des Israéliens avait été d’arrêter les roquettes Katyusha et de ramener à la maison les deux réservistes israéliens faits prisonniers, ces objectifs s’avérèrent être hors d’atteinte. Le commandant israélien comprit très tôt qu’en l’absence de renseignement pertinent et de qualité, la supériorité de la puissance de feu et des technologies israéliennes perdait toute pertinence. Aussi curieux que cela puisse paraître, il fallut seulement quelques jours aux dirigeants israéliens pour adopter une sorte de vocabulaire néo-structuraliste. Au lieu de fournir au peuple d’Israël une bonne et franche « victoire » immédiate, ils se mirent – tous, sans exception – à communiquer en termes de « discours de victoire ». Plusieurs jours après le lancement de la campagne armée, les militaires israéliens se mirent à parler en termes d’ « image de victoire », plutôt qu’en termes de « victoire » tout court. Shimon Peres ses mit, quant à lui, à utiliser l’expression « perception d’une victoire ». Rien n’y fit : même la « perception », même l’ « image » d’une improbable victoire s’avérèrent totalement hors de portée.

La Seule-Démocratie –du-Moyen-Orient

Aussi pitoyable qu'eût été l’armée israélienne, le gouvernement israélien ne valait guère mieux. Ehud Olmert, le Premier ministre, l’homme qui avait voté le « désengagement » israélien de certains territoires palestiniens, ne comprenait que dalle aux questions militaires. Comme si cela ne suffisait pas, Amir Peretz, le ministre travailliste, cet homme qu’Olmert avait nommé ministre de la Défense, était tout aussi dépourvu de toute connaissance en matière de défense. Pour la première fois de toute son histoire, Israël était dirigé par deux politiciens professionnels sans expérience militaire [Amir Peretz a tout de même été parachutiste, mais peut-être dans les bureaux, NdT]. À première vue, on pourrait s’attendre à ce qu’un changement aussi dramatique aurait eu pour effet de calmer les tendances israéliennes bellicistes tant dans l’armée que dans l’arène politique. Dans la pratique, c’est le contraire qui s’est produit. Tant Peretz qu’Olmert se virent manipuler et entraîner dans un conflit à grande échelle par un chef d’état-major assoiffé de sang. Considérant leur inexpérience et leur peu de temps au pouvoir, ni Olmert, ni Peretz n’étaient en mesure d’apporter des solutions alternatives créatives, qui auraient pu, à défaut d’autre chose, éviter le conflit. Bien loin de retenir l’armée et de donner une chance à la diplomatie, ils ont tous deux laissé Halutz entraîner le pays dans une escalade totalement superflue. Sans avoir une vision d’ensemble, le gouvernement israélien finit par promettre à Halutz le temps et le soutien nécessaires pour atteindre des objectifs qui étaient dès le départ hors de portée.

Mais il faut dire la vérité : Olmert et Peretz n’étaient pas tout seuls dans leur cabinet. De fait, ils étaient entourés d’analystes militaires, d’experts du renseignement, d’anciens généraux et de vétérans des services de sécurité. Olmert avait, dans son gouvernement, le général de réserve Shaul Mofaz, ancien chef d’état-major, un homme qui a passé la dernière phase de sa carrière militaire à combattre le Hezbollah. Avi Dichter, un vétéran des services de sécurité, était là pour lui commenter les suggestions opérationnelles de l’armée. Ils avaient aussi dans le gouvernement Benjamin Ben Eliezer, un général de brigade de réserve, qui avait été un expert des affaires libanaises dans les trente dernières années. Shimon Peres avait été lui-même Premier ministre, et ministre de la Défense dans le passé. Le général de réserve Ami Ayalon, ancien général de l’armée israélienne et ancien chef des services de sécurité intérieure, offrit son aide à Amir Peretz. Pourtant, aucun de ces experts ne réussit à constituer un organe de prise de décision, aucun d’entre eux ne réussit à modérer l’enthousiasme militaire des Halutz, Olmert et Peretz. Comme une feuille au vent, le gouvernement israélien était manipulé par les généraux, puis par l’opinion publique, qui se retourna de manière dramatique contre la direction et ses échecs.

Le temps passant, plus la défaite militaire devenait notoire et plus Olmert, Peretz et Halutz tentaient désespérément de modifier le cours de la guerre, à seule fin de sauver leur future carrière. Bien qu’ils aient pris conscience que les chances d’obtenir la victoire étaient en train de fondre d’heure en heure, ils étaient déterminés à présenter à l’opinion publique quelque chose qui ressemblerait un tant soit peu à une victoire ou au moins à une réalisation quelconque. C’est là, apparemment, ce que signifie réellement survivre politiquement dans la démocratie israélienne : vous devez absolument avoir quelque chose à montrer, qui ressemble de près ou de loin à une victoire… Pour dire les choses comme elles sont, Peretz, Halutz et Olmert donnèrent à l’armée l’ordre de causer de réelles dévastations supposant que cela plairait à l’électeur israélien. Les commandements de l’aviation  et de l’artillerie réagirent instantanément : d’intenses barrages de bombes à fragmentation, de missiles et de mines s’abattirent sur l’ensemble du Sud-Liban. Dans les quarante-huit heures précédant le cessez-le-feu, Israël vida totalement ses stocks de munitions. D’après Shelah et Limor, les stocks se retrouvèrent tous « dans le rouge ».

Pour sauver les carrières politiques d’Olmert et de Peretz, l’armée israélienne lança de plus en plus d’opérations risquées sans aucune utilité, d’une valeur tactique très limitée. Ces opérations échouèrent, l’une après l’autre, sans aboutir à quoi que ce soit. Mais elles révélèrent les faiblesses de l’armée israélienne. Elles révélèrent une armée et une direction politique en état de panique. Dans les heures ultimes de la guerre, des groupes appartenant à des unités spéciales israéliennes se retrouvèrent encerclés et affamés, tout au long du front sud-libanais, sans aucun accès à de l’eau ou à du ravitaillement. Quelques unités de combattants du Hezbollah avaient réussi à encercler des commandos de choc israéliens. Apparemment, personne, en Israël, n’osa prendre le risque d’envoyer des convois logistiques sur le champ de bataille. De la nourriture et des munitions, largués d’avions cargos israéliens, tombèrent entre les mains du Hezbollah. Dans certaines zones, les commandos israéliens blessés restèrent étendus à même le sol, attendant des secours pendant d’interminables heures. La défaite israélienne fut totale. L’humiliation, kolossale. Non seulement l’ « Armée Israélienne de Défense » n’était plus capable de défendre Israël, mais elle n’avait même pas pu se défendre elle-même !

Limor et Shelah dénoncent bien d’autres aspects intéressants :

Des généraux qui, au  au lieu d’aller au combat  avec leurs, ont préféré diriger la bataille calfeutrés dans des bunkers à l’intérieur d’Israël. 

Certains hélicoptères armés n’ont pas été autorisés à pénétrer dans l’espace aérien libanais, à seule fin de leur éviter d’être abattus. Résultat : des commandos israéliens ont été abandonnés au combat contre le Hezbollah, à armes égales (c’est-à-dire : privés de couverture aérienne…)    

Un lieutenant-colonel, qui a refusé de pénétrer au Liban à la tête de ses hommes, a reconnu avoir été déficient en matière de connaissances opérationnelles tactiques.

Des réservistes sont montés au front presque totalement démunis de tenues de combat, en raison de graves pénuries dans les entrepôts d’urgence de l’armée. Certains de ces réservistes en furent amenés à  payer de leur poche pour acheter la tenue nécessaire.

Plus de détails concernant l’affaire boursière de Dan Halutz, le 12 juillet 2006. Apparemment, le chef d’état-major, le général Halutz, avait téléphoné à sa banque, lui donnant l’ordre de vendre son portefeuille d’actions, après avoir appris la nouvelle des affrontements armés dans le Nord d’Israël. Et ceci juste avant de donner l’ordre passer à une nouvelle étape de l’escalade.

En apparence, l’armée israélienne est un ectoplasme, elle est sous-entraînée, elle est lourde, elle est bordélique, et ses dirigeants sont pourris jusqu’à l’os. La direction politique israélienne ne vaut guère mieux. Même si Peretz n’est plus ministre de la Défense, Olmert, Mofaz, Dichter et, désormais, Barak – tous, des meurtriers de masse patentés – sont encore ministres. Vu l’état de son armée, Israël devrait considérer un changement radical de direction, il n’est plus en mesure de combattre. Il manque d’endurance. Mais, apparemment, ça n’est pas près d’arriver. Il semble qu’au cours des prochaines élections israéliennes, nous allons probablement voir l’éloquent et néanmoins belligérant Benjamin Netanyahu affronter le belligérant et néanmoins beaucoup moins éloquent Ehud Barak.

Des années durant, nous avons eu tendance à croire qu’Israël ne pouvait pas être battu sur le champ de bataille. Etudier dans le détail les événements de la guerre de l’été dernier nous permet d’entrevoir que ce n’est sans doute pas le cas. L’État juif a connu une défaite militaire. Et cela risque de reproduire, plus tôt qu’on pourrait le croire.

Source : http://peacepalestine.blogspot.com/2007/08/gilad-atzmon-saying-no-to-hunters-of.html

Article original publié le 13 août 2007

Sur l’auteur

Fausto Giudice est membre de
Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique. Cette traduction est libre de reproduction, à condition d'en respecter l’intégrité et d’en mentionner l’auteur, le traducteur, le réviseur et la source.

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Le printemps du Liban contre l’axe usraélien

 

Jacqueline Amidi

03/06/2007

Beyrouth: la manifestation du 1er décembre 2006, organisée par l’opposition guidée par le général Michel Aoun et sayyed Hassan Nasrallah

Beyrouth, 31-5-2007 - George Orwell écrit un jour: «En ce temps de duperie universelle, dire la vérité est un acte révolutionnaire».
Il suffit de parcourir les journaux – de gauche ou de droite, si on en distingue encore la différence! – pour se rendre compte qu'il s'agit sans vergogne de proxénétisme médiatique.
Et les télévisions?
Des lupanars qui turbinent sur le trottoir de la globalisation.
L'information est dictée par le «Grand frère» et partout on a droit désormais aux mêmes nouvelles, formulées avec les mêmes termes et le même ton. Un tapage et un rabattage de médiatisation totalitaire en somme, une vraie politique de terrorisme qui constitue à proprement parler la désinformation.
Les sacro-saints journaux télévisés sont avalés, ruminés et digérés sans scrupule! La masse s'engraisse en liesse des bassesses, mensonges et vulgarités proférés par tous les mass média.
Tout semble bien aller vers le pire!
«Ça va!», criait le diable victorieux dans la chanson de Jacques Brel. (1)

Du temps de la guerre froide, les deux pôles USA-URSS se tenaient à distance, se scrutaient, s'évitaient, se pointaient et se relâchaient. Et avant de se frotter, ils prenaient bien la peine de raisonner, se mesurer, s'équilibrer et se calmer. Car une guerre n'est pas un jeu d'enfant!
Mais depuis la chute de l'URSS, place libre à la dictature américaine: on décide allègrement guerre par ci, extermination par là, destruction et mort de n'importe quelle nation.
Depuis 1991 USA la faucheuse n'a plus retenu son appétit de larmes et de sang.
Aujourd'hui la Russie s'éveille et se renouvelle, après la longue léthargie qui suivit la chute du totalitarisme communiste.
Il était temps de reprendre quelques éléments d'équilibre, au niveau de la politique internationale! Peut-être aurait-on enfin droit prochainement à des temps plus humains et pacifiques.
Le contrepoids d'une Russie nouvelle au gangstérisme global israélo-américain, et peut-être même un contrepoids chinois, rééquilibreraient alors dans une certaine mesure les pouvoirs entres les états et les forces géopolitiques. Il serait temps.

1. La machine de l'agression et son grain de sable
Aujourd'hui la machine usraélienne de l'agression, de la destruction et de la terreur est prête à être lancée à nouveau contre le Liban et le Moyen-Orient.
Mais chaque machine, tôt ou tard, a son grain de sable pour la mettre en panne.
Et grâce à Dieu, l'acte révolutionnaire de dire la vérité est encore un vent qui enfièvre les esprits qui combattent la duperie universelle.
Leur devise: le vrai, le bien et le beau. La passion pour la justice est leur arme.
Le Liban est en train de vivre actuellement sa période la plus périlleuse et décisive.
Le monde a décidé de le rabattre encore, ce vieux Cèdre, afin de lui interdire toute possibilité de liberté et de renaissance.
Mais le voici pointer, le premier grain de sable (grand et fort, en réalité, comme une montagne): la manifestation tant attendue et voulue du peuple libanais, qui a commencé le vendredi 1er décembre 2006.
La majorité du peuple, guidée par le général Michel Aoun et sayyed Hassan Nasrallah, décide alors de tenir les rênes des événements, manifeste massivement depuis des mois son opposition et livre son combat:
A. contre ceux qui veulent continuer dans la même politique de corruption, de concessions et de trahison;
B. contre le gouvernement anticonstitutionnel de Fouad Siniora et ses alliés, des filous qui ont fait du Liban leur propriété privée, prenant le peuple en otage, troquant notre sort contre leurs louches intérêts de vieux mafieux.
Le sit-in ne s'est pas arrêté d'un jour, depuis lors. Et ne doit pas s'arrêter.
Qu'on chasse cette vieille carcasse décrépite de la malencontreuse politique libanaise moisie et putréfiée! Et que l'ère de la justice et de la légalité prenne l'envol!

Ce premier décembre 2006, on peut dire qu'il fut le début du véritable printemps libanais. Printemps de l'unité libre et souveraine du Liban. Unité en marche victorieuse depuis mars 1989, date du début de la «Guerre de libération» conduite par le général Michel Aoun contre l'occupation syrienne. Marche qui s'est poursuivie en juillet-août 2006, date de la défense et de la victoire du Hezbollah et du Liban contre l'agression israélienne. Marche qui se poursuit toujours, sous la conduite du général Aoun et de sayyed Nasrallah.

2. Qui est l'opposition?
Qui sont ceux qui manifestent contre le gouvernement?
Tout d'abord, le sit-in qui se déroule encore aujourd'hui dans les deux places du centre de Beyrouth – Place Riad Solh et Place des Martyrs – n'est pas exclusivement organisé par le Hezbollah, comme disent les médias occidentaux.
Mais aussi:
A. par le Courant Patriotique Libre (CPL), parti du général Michel Aoun;
B. par les Marada, maronites du Nord du Liban fidèles à la famille Franjieh, représentée aujourd'hui par Sleimane Franjieh, petit fils de l'ancien président de la République libanaise;
C. par les sunnites ayant à leur tête Omar Karameh, ancien premier ministre et député, actuellement leader de Tripoli, et Oussama Saad, député de Saïda;
D. par les druzes de l'émir Talal Arslan.
Que demandent-ils tous ces libanais, toute communauté confondue (d'ailleurs tout le mouvement représente une entente purement politique et n'a rien à faire avec des questions confessionnelles)?
Ils demandent la chute de ce gouvernement qui s'est approprié des fonctions qui ne lui reviennent pas.
Ces collabos des ennemis usraéliens du Liban – qui se font appeler anti-syriens et qui jusque hier encore miaulaient sous la botte syrienne – ces serviteurs de plusieurs maîtres, ces marionnettes qui représentent le régime actuel, sont une minorité qui s'accroche au pouvoir sans tenir compte de la volonté électorale du peuple, et qui veut absolument poursuivre dans son existence illégitime et anticonstitutionnelle.
Les manifestants demandent donc la chute de ce gouvernement et la formation d'un nouveau gouvernement d'unité nationale, qui devrait promulguer une nouvelle loi électorale selon laquelle se dérouleraient les élections législatives pour élire un nouveau parlement qui à son tour élirait le nouveau président de la république.
C'est alors qu'on pourrait parler d'une vraie démocratie, et non de celle, factice, qui nous est imposée, à la Bush.

3. Qui est le général Michel Aoun?

Le général Aoun est le seul homme politique libanais à avoir combattu l'occupation syrienne du temps où il était à la tête de l'armée libanaise, puis quand il était chef du gouvernement et enfin durant son exil. Lui, le vainqueur de la prodigieuse et héroïque bataille de Souk el Gharb en mars 1989 contre l'armée d'occupation syrienne. Lui, l'âme du Liban rebelle durant la "Guerre de Libération".
Quand à la fin du mandat présidentiel d'Amine Gémayel ce dernier lui confia un gouverne-ment transitoire, le 22 novembre 1988 (fête de l'indépendance libanaise), le général Aoun s'exprimait en ces termes:
«[...] Libanais, Nous voulons recouvrer une patrie avant toute chose. Le temps est révolu où l'on reculait devant l'annonce de ses convictions. Elle est terminée cette politique du mensonge réciproque et de la profanation des valeurs les plus sacrées. On nous a assez méprisés et leurrés, et nous leur avons suffisamment emboîté le pas en nous méprisant nous-mêmes, en négligeant nos intérêts et en nous désistant de notre volonté [...]».
«En toute simplicité, sincérité et détermination, nous exigeons notre droit. Nous voulons notre droit à une patrie entière [...]».
«Notre terre, notre peuple et notre dignité ne sont pas des marchandises à vendre ou à hypothéquer dans un quelconque marché régional ou international. [...] Nous déclarons notre volonté d'investir toutes nos capacités et nos relations fraternelles et amitiés internationales dans l'objectif de la libération de notre patrie et de mettre un terme à l'humiliation de notre peuple. Comme nous déclarons que nous résisterons politiquement, économiquement et militairement à toute occupation et atteinte à notre souveraineté sur notre territoire».
 

L'affiche qui annonce la signature du livre du général Aoun «Une certaine vision du Liban»
 

Déjà on devine de son discours combien il devait déranger les ennemis du Liban, parce qu'il parlait de libération et de résistance. Et le peuple s'enflamma, l'appuya, l'adopta et lui fut fidèle.
Fidèle encore aujourd'hui.
Les convoque-t-il à une manifestation?
Une marée humaine accourt. Dès le début, à chaque discours adressé à ce peuple qu'il aime plus que tout, il engage son allocution par «Grand peuple du Liban!».
Et jusqu'aujourd'hui, chaque jour, il redit les mêmes vérités et confirme ses programmes sans y avoir changé un iota, tandis que le gang de traîtres minoritaires (qui se disent "majoritaires", forts de la loi électorale imposée par les syriens et surtout s'appuyant sur les tricheries électorales éhontées desquelles ils ont quand même eu besoin pour pouvoir s'affirmer) changent de masque et quémandent les trente deniers aux portes de toutes les ambassades des pays complices des agresseurs du Liban.

Voici le discours du général Aoun le vendredi 1er décembre 2006, journée de l'immense mouvement de protestation organisé par l'opposition libanaise et soutenu par la majorité du peuple libanais, plus déterminé que jamais:
«Grand peuple du Liban!»
«En ces moments historiques, je m'adresse à vous dans une atmosphère pleine d'espoir et non d'appréhension, car nous avons la conscience tranquille et nous cherchons à atteindre nos objectifs nationaux de façon à garantir la sécurité, la souveraineté et l'indépendance de notre patrie. Aujourd'hui, nous concrétisons ensemble les concepts nationaux et éthiques qui ne sont plus des slogans creux mais une réalité vécue dans chaque maison et dans tous les cœurs. Nous consolidons aujourd'hui l'unité nationale qui est devenue un mode de vie que nous choisissons pour l'avenir». [...]
«Nous avons suffisamment de détermination, de patience et de sagesse pour chercher à obtenir le retour du fils prodigue à ce grand peuple qui n'aspire qu'à unifier tous ses fils». [...]
«C'est une honte de faire des distinctions entre les Libanais sur des bases confessionnelles. Nous nous sommes réunis sous la bannière nationale et nous en sommes fiers sans aucune honte à ressentir devant le monde entier». [...]
«La décision libre est de nous rencontrer entre libanais et par l'entente sur la politique intérieure, la politique étrangère et celle de défense, nous obtenons notre libre décision et cela ne peut se faire que par l'entente des Libanais sur la politique intérieure, la politique étrangère et la politique de défense du pays». [...]
«Nous comptons préserver nos amitiés et établir des liens d'amitié avec tout le monde, à l'Est comme à l'Ouest, à condition que ceux-ci respectent notre volonté nationale et nous laissent décider de nos questions internes».
«Nous considérons que tout appui au gouvernement Siniora de quelque État qu'il vienne n'est point un soutien amical mais vise à provoquer des confrontations au sein de la société et que le complot vise le Liban et son unité nationale». [...]
«Nous souffrons aujourd'hui d'une marginalisation systématique et certaines parties au pouvoir veulent provoquer une atmosphère de confrontation que nous ne cherchons pas. Nous autres, nous sommes ouverts au dialogue et nous cherchons toute accalmie qui nous conduirait à une unité nationale où tous les libanais participeraient à l'élaboration de ses décisions. [...]». (2)

Mais déjà en janvier 1989, lors de la rencontre à Tunis avec six ministres arabes, quand ces derniers lui demandent quelles étaient ses intentions quant à ses projets de réformes politiques à effectuer au Liban, le général répond:
«Je suis personnellement avec toutes les réformes auxquelles consentirait librement le peuple libanais. Je ne suis pas ici pour représenter ou remplacer une partie ou le tout du peuple libanais. Depuis 1972, il n'y a pas eu d'élections au Liban. Assurons des élections libres au Liban et nous aurons tous à nous plier au verdict populaire. Pour cela deux conditions préalables, imposées par la nature de la situation sur le terrain, sont à remplir. Il faut procéder au désarmement des milices et au retrait de toutes les forces non-libanaises du territoire libanais. L'armée pourrait s'apprêter à assurer la sécurité sur tout le territoire libanais et une commission de l'ONU et de la Ligue arabe pourra superviser le déroulement du scrutin. Si vous pensez que je suis ici au nom des chrétiens libanais, détrompez-vous, je ne porte pas ce mandat. Je suis le chef d'un gouvernement libanais légal et constitutionnel, j'assume mes responsabilités et mon devoir».
Il est évident qu'après de telles déclarations, le général Aoun – pour les ennemis du Liban: USA, Israël et Syrie – était désormais l'homme à abattre. C'est quelqu'un qui leur met les bâtons dans les roues, leur trouble-fête.

Durant la «Guerre de libération» contre l'occupation syrienne, en 1989, quand désormais il était clair que la Syrie, appuyée par la politique israélo-américaine (avec la complicité de certains pays arabes, dont toujours l'Arabie Saoudite), acheminait le Liban vers sa disparition et son anéantissement, le général Aoun, dans un mélange de vérité amère et d'humour, expliqua aux libanais la situation en ces termes:
«On nous convoyait dans un cercueil vers notre dernière demeure. Et nous avons soulevé le couvercle, leur criant que nous étions toujours vivants».
Et d'ajouter: «Nous comptons sur nous-mêmes uniquement. Nous sommes dans une situation de légitime défense. Les forces syriennes occupent notre pays et nous attaquent à l'intérieure de nos frontières. Nous combattons l'armée syrienne sur notre territoire et pas en Syrie. C'est notre droit le plus élémentaire».
Accuser aujourd'hui le général d'être un "prosyrien"?
Accuser aussi d'être "prosyrien" le peuple qui le suit?
Le général Aoun est le seul homme politique libanais à avoir le plus payé à cause de son combat acharné contre l'occupation syrienne, qui prit fin en avril 2005.
Et il a subi 14 ans d'exil.
Et il est le seul, avec la majorité du peuple qui l'appuie, à payer encore.
Pas à cause de la Syrie, qui désormais s'est retirée du Liban, mais à cause des vieux vassaux de la Syrie: cette même minorité qui aujourd'hui – illégitimement et anticonstitutionnellement, avec un style typiquement mafieux – veut "gouverner" contre une majorité du peuple libanais qui n'en veut pas.

4. Qui est le Hezbollah?

Comme le déclare le député britannique George Galloway, le Hezbollah «n'est pas une organisation terroriste, c'est Israël qui est un État terroriste. [...] Le Hezbollah fait partie de la résistance nationale du Liban et essaie de repousser Israël – ayant repoussé avec succès la plupart des israéliens de leurs terres en 2000 – du reste de leurs terres et de reconquérir ces [...] prisonniers libanais qui ont été kidnappés par Israël selon les termes de leur occupation illégale du Liban». (3)
Qui sont donc les hezbollahis?
Des résistants, qu'on veut surtout diaboliser à tout prix.
Pourquoi?
Pour ne pas avoir permis un retour glorieux de Tsahal en Israël l'été 2006.
Pour avoir résisté à la brutalité de l'armée israélienne.
Pour avoir peut-être déclenché le déclin du despotisme bush-olmertien.
Pour avoir enfin mis dans l'embarras cet État d'Israël édifié sur le mensonge et le sang.
Rappelons, d'abord, que sous occupation étrangère les formations paramilitaires de résistance et de libération ont toujours existé.
Qu'Israël nous épargne donc ses plaintes, puisque la formation libanaise paramilitaire du Hezbollah a existé surtout et d'abord pour faire résistance, sur sa propre terre, à l'occupation israélienne du Liban en 1982, les chiites ayant souffert le plus – de toutes les communautés libanaises – de cette occupation, payant le tribut le plus lourd en vies de civils.

Et puis, Israël même a connu ce type d'organismes.
Sauf que ces organismes hébreux étaient illégaux et terroristes, vu que le pays où ils ont eu naissance à l'époque n'était pas le leur, et s'appelait Palestine. Et la Palestine, après la première guerre mondiale, était sous mandat britannique.
En 1937 sont donc fondées les formations juives paramilitaires clandestines: l'Irgoun (renommée pour ses actions terroristes à l'époque, contre les palestiniens et les britanniques à la fois) et la Haganah (qui, suite à la naissance de l'État d'Israël en 1948, formera le noyau de l'armée israélienne).
La Haganah, avec à sa tête Ben Gourion, et l'Irgoun de Menahem Begin se sont entretuées d'ailleurs, et de ces frères ennemis c'est la Haganah qui l'a emporté sur l'Irgoun, dans le souci «d'unifier le fusil», paraît-il.
Passer par le sang, comme toujours! Mais pour un "bien commun" pour juifs seulement, bien entendu.
C'est-à-dire chasser ou tuer les palestiniens, s'emparer de leur terre, pour voir finalement naître l'État d'Israël.

Pour en revenir au Hezbollah, et pour les âmes agitées et anxieuses, rappelons aussi que «par la voix du président de l'Union en exercice au 1 août 2006, l'Union Européenne signale que le Hezbollah ne sera pas inscrit sur la liste des organisations terroristes». (4)
Le Hezbollah est par contre considéré «terroriste» par les États-Unis, Israël et leurs compères.
De toute manière, pour ces seigneurs, ou on est avec eux ou on est «terroriste».
Mais ce raisonnement si stupide n'a aucune valeur et est totalement absurde: syllogisme sans prémisses.
L'ONU non plus ne classe pas le Hezbollah dans la liste des organisations terroristes, même si le Conseil de sécurité appelle à son désarmement. (5)
Un autre détail, juste une mise au point, pour rassurer les anxieux et trouillards: Hezbollah déclare ne soutenir d'aucune façon Al-Qaïda et ne rien avoir à faire avec ses trop suspects "complots islamistes" (ou israélo-américains?).

Sayyed Hassan Nasrallah, Secrétaire général du Hezbollah

Enfin, depuis qu'il a signé en février 2006 le Document d'entente avec le général Aoun, le Hezbollah travaille pour un équilibre politique intérieur, prône l'entente et le dialogue «sans ingérence extérieure» (c'est à dire sans aucun ordre à recevoir de la part de quiconque, Syrie et Iran inclus), et son chef, sayyed Hassan Nasrallah, appelle au dialogue et se prononce en faveur d'un gouvernement d'unité nationale, ayant donc choisi en fin de compte une voie de droiture et mettant en route, surtout grâce à l'entente avec le général Aoun et le Courant patriotique libre, le processus de guérison des plaies du Liban.
«Les deux hommes [Aoun et Nasrallah] ont affirmé que leur objectif est la souveraineté, la protection et l'indépendance du Liban, ainsi que l'édification d'un État fort, capable d'assurer le bien-être et la protection des citoyens, capable d'assumer ses responsabilités, au lieu de jeter la faute sur les autres. "Avec ce document", a insisté le général, "nous n'aurons plus besoin de nous rendre auprès des différentes capitales étrangères, à la recherche de solutions à nos problèmes"». (6)

Durant l'agression israélienne contre le Liban en juillet-août 2006, dans son discours du 3 août diffusé par la chaîne Al-Manar, sayyed Nasrallah prononce une allocution dont voici certains passages:
«Le Liban a besoin aujourd'hui d'une volonté nationale qui rassemble, afin que les sacrifices ne soient pas vains. Nous tenons à assurer cette volonté et cette solidarité. Nous tenons, à cette étape, à ce que le gouvernement soit puissant afin qu'il assume ses responsabilités nationales en faveur du Liban et de son peuple. Nous tenons à collaborer avec le gouvernement et tous les courants et forces politiques pour présenter un Liban unifié et cohérent autour de ce qui protège et assure ses intérêts nationaux. Et nous agissons sur cette base [...]. L'essentiel est que nous résistions pour être victorieux, si Dieu le veut, et nous serons vainqueurs, si Dieu le veut. [...]».
Et «je confirme que la victoire sera pour tout le Liban, avec toutes ses régions, ses confessions, ses courants et ses institutions officielles et populaires, en premier lieu [...]. La victoire sera, pour les gens de la résistance et son public en particulier, un puissant moteur pour l'amour et la concorde avec tous les Libanais [...]».
«Cette victoire sera un catalyseur pour la reconstruction du Liban, plus beau qu'il n'était, un Liban beau mais fort, un Liban beau mais digne. Cette victoire sera un catalyseur pour l'unité et la complémentarité, et non un facteur de domination et d'orgueil».
«Cette victoire sera un puissant mobile pour concrétiser notre unité nationale que notre peuple a réalisée ces jours-ci. Réalisée grâce aux valeurs de Jésus, paix sur lui, et aux valeurs du messager de Dieu, Muhammad, prières et paix sur lui. Les valeurs de l'entraide, de la solidarité, de l'amitié, de la fraternité, de l'inquiétude partagée, de la coopération et de l'amour que tous les gens ont manifestés [...]».
«Nous ne cherchons pas les querelles ni les inimités, nous sommes à la recherche de l'unité, de la concorde, de la coopération et de la solidarité, et tout ce que nous voulons est le bien et la dignité pour notre patrie et notre nation, et pour ce but, nous dédions nos âmes et notre sang, et c'est ce que nous possédons de plus cher».

L'intellectuel israélien Michel Warshawski dit de Nasrallah: «J'écoute avec beaucoup d'attention Nasrallah, et comme bien d'autres commentateurs en Israël, je constate que ses discours sont raisonnables et [qu'il] fait preuve d'une grande responsabilité. Tout le contraire de l'occident, qui prétend être le rempart de la civilisation et dont par contre transparaît une rhétorique fondamentaliste. On croirait assister à un renversement des valeurs: le camp laïc qui s'abandonne au fanatisme, et celui religieux qui, bien qu'il parte d'une conception différente, fait tout pour ne pas prononcer des discours confessionnels». (7)
Et Aoun, le 5 décembre 2006, interviewé par Frédéric Pons dans Valeurs actuelles, déclare: «Le Hezbollah est un mouvement de résistance contre l'occupation, un partenaire libanais qui défendait le Sud pour le libérer. [...] J'ai discuté avec Hassan Nasrallah. C'est un croyant, serein, déterminé, mais pas fanatique».
Et à propos de l'"Axe Damas-Téhéran", le général répond: «[Il] est le sous-produit de la politique produite par les États-Unis et l'Europe. Mon seul axe est libanais». (8)
Parmi les militants du Hezbollah il n'y a plus, comme au début du mouvement, des pasdarans (ces volontaires iraniens qui arrivaient au Liban en passant par la Syrie pour aider la formation des militants chiites).
Les hezbollahis sont tous des libanais.
Ils ont leurs députés au parlement.
Et, selon la Constitution libanaise, la communauté chiite aussi doit être équitablement représentée au Gouvernement.
C'est pour cette dernière raison, entre autres, que la démission collective des ministres chiites (à cause de la violation et du refus d'application de tous les accords pris au moment de la formation du gouvernement Siniora) laisse en état d'inconstitutionnalité fla-grante le désormais "pseudo-gouvernement" Siniora.
Qui pourtant refuse de démissionner, fort de la protection mafieuse des États-Unis et de celle des États complices.

Pour ce qui est de sa présence militaire sur le terrain, il reste au Hezbollah la dernière démarche souhaitable: que ses combattants soient intégrés à l'Armée libanaise, avec tout l'honneur qu'ils méritent.
Ce qui d'ailleurs ne pourra se faire que quand un gouvernement, une présidence et un parlement du Liban auront rejoint les conditions constitutionnelles, législatives et militaires nécessaires à prouver leur volonté et leur capacité de défendre le pays contre n'importe quelle menace extérieure, venant d'Israël ou de la Syrie
Aujourd'hui, vouloir désarmer le Hezbollah serait un acte de haute trahison.
Parce que cela équivaudrait à garder le Liban sans défense face aux menaces croissantes des israélo-américains et de leurs milices à l'intérieur du Liban, le Hezbollah ayant assez prouvé l'été dernier – et auparavant en mai 2000 – qu'il est actuellement la seule force au Liban en mesure de repousser les agressions israéliennes et de protéger militairement le pays.
On a attribué au Hezbollah des prises d'otages occidentaux entre 1985 et 1991.
Sa responsabilité n'a jamais été prouvée.
Quant aux actes de terrorisme qu'on lui attribue, il est intéressant d'observer deux incidents qui ont eu lieu en Argentine: le 17 mars 1992 une bombe fait trente morts à l'ambassade israélienne d'Argentine; le 18 juin 1994, un attentat fait quatre-vingt-sept morts dans un centre communautaire juif.
L'État argentin a d'abord accusé formellement l'Iran et le Hezbollah d'être impliqués, et plusieurs membres de la communauté chiite argentine ont été arrêtés puis relâchés, faute de preuves.
La Cour suprême argentine jugea alors infondée la piste chiite, se dirigeant plutôt vers une piste israélienne.

Les États-Unis, dans leur "chasse à la sorcière terroriste islamiste" et toujours en quête de preuves (qui peinent tellement à arriver!), ont voulu «utiliser le souvenir des attentats de Buenos Aires de 1992 et 1994 pour étoffer leur dossier contre les musulmans chiites. La plupart des encyclopédies continuent en effet à attribuer ces massacres au Hezbollah ou à l'Iran. Mais ces accusations ont fait long feu, la Justice argentine s'est orientée entre temps vers une piste israélienne. Du coup, Washington fait pression pour geler une enquête qui devient gênante. Pour étoffer ses accusations contre le "croissant chiite" (Iran, Syrie, Hezbollah libanais), Washington a décidé de verser au dossier les attentats commis à Buenos Aires au début des années 90. Il est en effet communément admis dans les pays atlantistes qu'ils furent l'œuvre de terroristes musulmans».
«Or, cette version des faits a été entre temps démentie par la Cour suprême argentine qui s'est, au contraire, orientée vers une piste israélienne. Une opération a donc été montée par les néo-conservateurs pour renverser le cours des choses. À la suite d'une réunion qui s'est tenue à Washington en mai 2006 et à laquelle ont participé deux hauts magistrats de Buenos Aires, de fortes pressions ont été exercées à la fois sur le gouvernement et sur la justice argentine. En réplique, un groupe de citoyens argentins conduit par le docteur Oscar Abdura Bini vient de porter plainte devant le Tribunal de Grande Instance de Buenos Aires nommément contre l'American Jewish Committee et les procureurs Nissman et Martinez Burgos pour entrave à la Justice [...]».
En réalité «[...] les deux attentats auraient été commis par des agents israéliens pour casser l'antisionisme de la communauté juive argentine»(!). (9)

Tout cela est bien étrange et très intéressant.
Un incident assez bizarre est signalé mercredi 9 août 2006, quand la police aéronautique militaire, en Argentine (encore!), a arrêté un important diplomate israélien qui transportait dans sa valise une quantité considérable d'explosifs. Ce diplomate se dirigeait vers le Chili et a été arrêté pendant qu'il montait sur l'avion. Excessivement enragé et offensé, il lança à la police l'"horrible" accusation: «Antisémites!». (10)
«Le cas du diplomate avec l'explosif – commente Maurizio Blondet – devient alarmant, surtout que "peu de semaines avant l'attaque d'Israël en Palestine et au Liban, la DAIA [Delegación de Asociaciones Israelitas Argentinas] et le Centre Wiesenthal ont commencé à émettre des communiqués mettant en garde sur la possibilité d'un troisième attentat en Argentine».
Et ce n'est pas la seule fois que des israéliens sont attrapés avec leurs explosifs, en flagrant délit comme on dit, car le 6 août 2006 deux israéliens sont attrapés à Saint-Domingue en possession d'appareillages militaires, incluant aussi des instruments pour la localisation géographique des communications et pour la vision nocturne. (11)
Que font donc ces globe trotters avec ces matériels explosifs ou militaires, pris – à temps, des fois, heureusement! – en flagrant (et non virtuel) délit?!
Pris réellement à temps et en flagrant délit, donc. Et non comme les rafles habituelles de présumés terroristes et arrestations préventives, comme souvent on entend à la télévision et on lit sur les journaux: arrestations de personnes dont la grande majorité est par la suite relâchée, faute de preuves.
Qui a parlé dans les journaux internationaux de ces israéliens arrêtés en Argentine et à Saint-Domingue en août dernier?
Mais les médias et journalistes "embedded" ont l'ordre de garder cela parmi les nouvelles occultes.

5. Qui sont ceux-là qui se disent "anti-syriens", appuyés par l'Occident?

On nous harcèle, sur tous les médias, que l'Occident appuie monsieur Siniora et qu'il faut sauver son gouvernement!
Qui a dit que l'Occident actuel devrait, ou pourrait, être un modèle pour nous?
Un Occident anti-chrétien, prêcheur de l'assassinat-avortement, de l'assassinat-euthanasie, de la pédophilie, de l'adultère, des gay pride. Un Occident modèle de la mort, de Sodome et Gomorrhe, défenseur des pouvoirs «démonocratiques» («démonocratie», dont le pouvoir vient du mal, du démon).
Eh bien, cet Occident, nous, libanais, nous n'en voulons pas.
Pour nous, l'Occident remonte au temps où la chrétienté était son identité: l'Occident des valeurs morales, civiques et culturelles qui n'y sont plus.
L'Occident c'est d'abord l'Europe du temps glorieux des cathédrales.
Des saint Benoît, saint Dominique et saint François.
Des rois et des poètes qui s'inspiraient de Dieu. Des Charlemagne, saint Louis et Isabelle la Catholique.
Quand l'Europe chrétienne et épique reviendra, alors oui, nous adhérons.
Aujourd'hui l'Europe agonise. Il faut la sauver.
L'aider à se redresser. Et ne pas fléchir devant les avortons et les adultérins des civilisations, à savoir les États-Unis, ce «pays des enfants», comme le dit gentiment Jacques Brel.
Et qui sont donc ces Siniora et ce qui reste de ses ministres (6 ont déjà démissionné et un a été assassiné) soutenus par l'Occident?

Revenons à l'assassinat de Rafic Hariri.
Pourquoi, deux ans après, l'affaire est encore enrobée de mystère?
Pourquoi la commission Mehlis n'est jamais arrivée au bout des investigations?
Et pourquoi continue-t-elle à piétiner avec Brammertz, qui pourtant a bien admis, à plusieurs reprises, que la Syrie coopère positivement à l'enquête?
Pourquoi les tentatives (documentées!) de fabriquer de faux témoignages d'accusation?
Pourquoi, dans ces conditions, mettre en marche un tribunal international et l'imposer au Liban, sans discussions de ses clauses, sans garantir le respect élémentaire de la souveraineté judiciaire du Liban, sans même avoir encore juridiquement des accusés ni des preuves (mais ayant déjà préalablement des "coupables": ceux qui sont exigés par les mafias internationales "politiquement correctes" des agresseurs du Liban et de leurs complices libanais du "14 mars")?
Pourquoi «l'instauration [par le Conseil de sécurité de l'ONU] d'un tribunal spécial [international] dont la compétence serait également extraordinaire», quand «dans le cas libanais, il n'existe pas juridiquement parlant de crime international à réprimer, et l'investigation en cours présente des traits suffisamment inquiétants pour que l'on s'interroge sur une instrumentalisation de la justice internationale»?
D'ailleurs, «Il serait vain de masquer le caractère politique du Conseil de sécurité: c'est ainsi que la Charte de l'ONU l'a conçu. Il jouit d'un pouvoir discrétionnaire très étendu, et son action n'est guère contrôlée juridiquement». (12)
Les mafias israélo-américaines – et leurs compères soi-disant "majoritaires" du Liban – veulent donc avoir absolument "leur" enquête et "leur" tribunal, de peur qu'on arrive aux vrais coupables?

Comme le dit bien Jürgen Cain Külbel, ancien enquêteur criminel de la RDA, l'enquête elle-même est «biaisée», elle est «un acte criminel et prémédité», et «ne mérite que les poubelles de la criminologie». (13)
Mehlis avant ou Brammertz aujourd'hui auraient-ils osé investiguer sur la piste des émetteurs de brouillage utilisés par Hariri pour équiper ses voitures de convoi, émetteurs produits par l'entreprise israélienne dont le directeur est Gil Israeli, ancien membre des services secrets israéliens?
Auraient-ils osé investiguer sur les réseaux du Mossad qui sont clairement impliqués dans des machinations criminelles et des attentats terroristes, ayant été découverts en mai 2006 au Liban et qui avaient semé la terreur par le moyen des voitures piégées et des meurtres?
Une autre timide notice est sortie dimanche 3 décembre 2006 sur l'AGI (Agenzia Giornalistica Italia) qui annonce quelques développements concernant cet assassinat: «Selon le journal tunisien pro gouvernemental Al Chourouk, qui utilise des sources françaises, derrière l'assassinat il y aurait des acteurs appartenant à la coalition du 14 mars». (14)
Deux pistes sciemment ignorées?
Mais tôt ou tard quelque vérité émergera.

A. Qui était Rafic Hariri?

Qui était-il?
Un homme, avant tout, qui avait troqué sa nationalité libanaise contre celle saoudienne.
L'homme qui mit à genoux l'économie libanaise et qui fut la cause d'émigration de centaines de milliers de libanais et la cause de tant de pauvreté au Liban.
En moins de treize ans, Hariri a au moins sextuplé sa fortune (à sa mort son héritage remontait à 17 milliards de dollars américains).
D'où lui vient toute cette fortune?
De quelle spoliation?
Comment expliquer le phénomène selon lequel les dettes du Liban devaient atteindre et peut-être dépasser les 40 milliards de dollars, tandis que parallèlement des fortunes immenses gonflaient les comptes personnels de Hariri?
Hariri dirigeait l'État «comme s'il s'agissait de sa propriété personnelle». (15)
L'héritage que Hariri a laissé à l'économie libanaise et à chaque foyer du Liban est d'une dureté écrasante.
Certes son assassinat reste un crime, et la pitié humaine et chrétienne va à celui qui en a été la victime et à ses proches. Assassiné peut-être, ou très vraisemblablement, par ceux-là mêmes sur lesquels il croyait pouvoir s'appuyer.
Külbel dans son interview en fait une étude très intéressante, où se trouvent impliqués à la fois Israël,